Jane Dieulafoy
Née Jane Henriette Magre le 29 juin 1851 au sein d'une famille de la bourgeoisie commerçante de Toulouse, elle est placée au couvent de l’Assomption d’Auteuil, où elle reçoit un enseignement austère et classique. Elle manifeste des prédispositions pour les arts comme le dessin et la peinture et acquiert une solide culture gréco-romaine. En 1869, elle a 18 ans et quitte le couvent, puis rencontre le polytechnicien Marcel Dieulafoy; ingénieur des ponts et chaussées, passionné d'archéologie et fou d'art.
Un an plus tard, c'est tout naturellement qu'ils se marient, le 11 mai 1870.
Mais quand le conflit franco-prussien eclate Marcel est appelé dans les rangs en qualité de capitaine du génie dans l’armée de la Loire. Jane refuse de quitter son mari. Déterminée à ne pas rester passive, elle coupe ses cheveux à raz et camouffle ses courbes sous l'uniforme des francs tireurs et participe à toutes les missions auprès de lui.
La guerre passée, Marcel est nommé architecte des monuments historiques de la ville de Toulouse sous la direction du grand eugène Viollet-le-Duc à qui l'on doit d'avoir jeté les bases de l'architecture moderne. Marcel, un peu plus tard la même année, quitte son poste et demande à être assigné en Iran sans être payé.
Jane et Marcel Dieulafoy
Le couple Dieulafoy part en Perse pour réaliser un projet tenant particulièrement à cœur à Marcel : y chercher les origines de l'architecture occidentale. Jane se recoupe les cheveux court et revetit un costume 3 pièces. Elle conservera ses tenues masculines jusqu'à la fin de sa vie. Cette habitude de se vétir en homme lui vaudra tout à la fois une impressionnante célébrité, mais aussi des railleries et quolibets, auxquelles elle restera indifférente.
Ainsi, les amateurs de contrepèteries s'amusaient-ils à dire que ses fouilles étaient curieuses ! ...
De 1881 et 1882, Jane et Marcel, font à cheval tout le chemin depuis Marseille. Ils parcourent pendant 14 mois les routes de la Perse, répertorient, photographient tous les monuments qu'ils découvrent. Ils visitent Athènes et Constantinople sur la route de Téhéran, puis mènent une expédition à Suse ( Capitale majestueuse de l'élam ) où ils voient les traces du palais exploré par WIlliam Loftus trente ans auparavant. Cette brève visite à Suse impressionne beaucoup Marcel, qui retourne en France et exprime le souhait de continuer les fouilles. Il obtient une modeste somme auprès du département des Antiquités orientales du Louvre, qui vient juste d'être créé, et du ministère de l'Instruction publique.
En 1884 le couple retourne en Iran accompagnés du jeune ingénieur Charles Babin et du naturaliste Frédéric Houssay La fouille est autorisée à condition que la tombe de Daniel ne soit pas impactée par les travaux. pour mémo "Daniel" ( "Dieu m'a jugé" ) est l'un des grands prophètes de la Bible hébraïque ou Ancien testament. Les travaux de fouille ont lieu pendant les hivers 1885 et 1886, et l'objectif des Dieulafoy est alors de terminer l'excavation de l'Apadana ( Palais Persan ) identifié par Loftus ( Archéologue qui découvra la citée sumérienne d'Uruk en Irak en 1949 ).
Les fouilles sont menées dans des conditions difficiles : les chercheurs campent sous des tentes, sans aucun confort, exposés à des tempêtes et aux attaques de
brigands dans une région où le gouvernement central exerce peu de contrôle. L'expédition des Dieulafoy réussit tout de même à envoyer de nombreuses découvertes au Musée du Louvre.
Y sont exposées, entre autre, " La frise des Lions" , la rampe de l’escalier du palais d’Artaxerxès, La frise des Archers, ect..
Salle Dieulafoy - Louvre
Dans son récit " En mission chez les Immortels, journal de fouilles de Suse ( 1884 -1886 )" Jane y décrira avec ironie les saveurs des milles péripéties de cette épopée pleine de couleurs.
"Franchissez trois fois en moins d'une année la Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien, le golfe Persique et les déserts d'Elam ; passez des semaines entières sans pouvoir vous dévêtir, couchez sur la dure, soyez nuit et jour en prise aux pillards et aux bandits, traversez en hiver des rivières sans pont, endurez la chaleur, la pluie, le froid, la brume, la fièvre, la fatigue, la faim, la soif, les piqûres des insectes les plus variés ; vivez de cette existence rude et périlleuse sans être guidée par d'autre intérêt que la gloire de votre pays [...]"
Aux côté de son époux, Jane tient un journal scrupuleux, non seulement sur l’aspect archéologique, mais aussi sur le milieu et la société persanes. Ce document est publié en feuilleton dans la revue "Le Tour du Monde", de 1883 à 1886, et obtient un succès sans précédent. Il est publié en 1887 chez Hachette, sous le titre "La Perse, la Chaldée, la Susiane".
Le voleur ( revue littéraire Parisienne )
N° 1533 paru le 18/11/1886
Contenu : MADAME DIEULAFOY - ANDREE PAR DURUY - BONAVENTURE - LE BRIGADIER ROSSIGNOL - CHARLES BORLE A NEUCHATEL.
Le 20 octobre 1886, on inaugure les deux salles Dieulafoy au musée du Louvre, et à cette occasion Jane, la femme la plus culotée de l'époque, reçoit la Légion
d’Honneur !
En 1888 elle publie son journal : "À Suse, journal des fouilles, 1884-1886" dont on peut lire un court extrait plus haut.
En 1890, Jane s'essaie au roman historique et publie chez Lemerre "Parysatis", couronné par l’Académie française. Camille Saint-Saëns compose un opéra qui sera joué pour la première fois aux arènes de Béziers, le 2 août 1902. Elle publie alors plusieurs romans et nouvelles, mais après l’échec de son dernier, intitulé "Déchéance" ( !! ) en 1897, elle retourne exclusivement à la littérature de voyage et aux études historiques.
De son côté Marcel a pratiquement cessé d'être intéressé par l'Iran depuis la publication des résultats de sa mission. Il se contente d'un poste dans l'administration des chemins de fer français et se lance dans les études bibliques ( Prédestiné ?... Avec un tel patronyme... ;-) ), puis il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres en 1895. A partir de ce moment il se concentre sur l'histoire de l'architecture, notamment avec l'étude de Château Gaillard. Il s'intéresse également à l'Espagne et au Portugal, particulièrement dans le domaine de la sculpture.
En dépit de leur succès, de leur découvertes, et de leur renommée, le couple Dieulafoy n’a pas réussi à obtenir de nouvelles missions. Ils se tournent alors vers des pays plus proches : entre 1888 et 1914, ils explorent l’ Espagne à plusieurs reprises, et le reste du temps, mènent une vie mondaine Parisienne.
Jane fréquente ainsi le salon de la comtesse Diane de Beausacq cette femme de lettre dont le salon fourmille d'écrivains, mais qui est surtout réputée pour ces
citations :
«Il vaut mieux aimer qu'être aimé ; d'abord, on choisit.» etc, ...
Marcel dieulafoy
La guerre approchant, Jane milite activement pour l’intégration des femmes dans l’armée. En 1914, malgré ses 70 ans Marcel Dieulafoy souhaite encore servir sa patrie. Il est mobilisé en tant que colonel du génie et envoyé à Rabat. Comme à son accoutumée Jane l'accompagne avec le style qui la caractérise depuis la Prusse.
A 63 ans, c'est elle qui dirige les travaux de déblaiement de la mosquée Hassan, et projette d’aller explorer la ville romaine de Volubilis ( Ville antique romaine située sur les bords de Oued Khoumane ).
Mais l'état de santé de Jane est inquiétant et décline soudain.
Elle est contrainte de rentrer en France et elle s’éteint le 25 mai 1916 au domaine familial de Langlade à Pompertuzat, près de Toulouse.
Ainsi s'achève une vie rocambolesque, douée de courage et de toutes les audaces par amour, par passion, par souci d'intégrité aussi !
Marcel lui survivra 4 années. En 1919, il envoie sa dernière publication à l'Académie, qui porte sur le sujet de Daniel et Balthazar et meurt une année plus tard.
On salut ce modèle d'homme épris de sa femme et non de ses jupes !
Madame, Monsieur, veuillez recevoir l'expression de ma plus haute considération...
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Ce qu'ils en disent...